
Nous avons le plaisir d’accueillir Lydie Habire-Vergnieres, experte métier de l’Académie France Travail, qui nous partage son retour d’expérience sur le lancement d’un dispositif communautaire innovant au service de l’emploi.
Ce que vous trouverez dans cet article
Cet article détaille comment transformer une grande organisation de plusieurs milliers de collaborateurs grâce au community building. Découvrez l’histoire de Lydie Habire-Vergnieres qui nous explique comment elle a réussi à structurer puis lancer un dispositif d’animation de communautés professionnelles en utilisant des méthodes de Product Management au sein de France Travail.
- Contexte : Transformation culturelle de France Travail (ex-Pôle Emploi).
- Méthode : Application des principes du Product Management (MVP, analyse besoins utilisateurs) à la création de communautés.
- Résultat : Création de l’Académie France Travail, lancement de communautés internes (managers Outre-Mer) et externes (acteurs associatifs).
- Expertise : Retour d’expérience sur le passage d’une logique de réseau à une véritable dynamique communautaire.
De la facilitation au community building : genèse d’une transformation
Après quinze années dans les achats et la logistique, j’ai opéré un virage stratégique vers la facilitation. Cette transition s’inscrivait dans la transformation de Pôle emploi (France Travail), visant à remettre l’humain au centre. Cette transformation visait à mettre plus de collaboratif au sein de notre organisation et à installer l’utilisateur et le collaborateur au centre de l’action.
C’est dans ce cadre que j’ai initié ma première démarche de community building. Ma conviction ? Créer une communauté de facilitateurs était le levier le plus puissant pour infuser le changement. C’était le meilleur moyen d’infuser au plus près des collectifs les principes de transformation.
Cette expérience m’a conduite à l’Académie France Travail avec un objectif clair : utiliser l’animation de communauté comme vecteur d’une culture commune au sein du Réseau Pour l’Emploi (RPE).
Structurer la communauté comme un produit : la stratégie gagnante
Au sein de la “Fabrique de communautés”, nous avons abordé le community building avec les méthodes du Product Management. Nous sommes ainsi devenues l’équipe de la “Fabrique de communautés” (Lydia Chamaillard, Nathalie Olivier-Golounbenko et moi-même).
Ainsi, nous avons structuré notre démarche communautaire autour de 2 piliers :
- Analyse des besoins : comprendre les attentes des futurs membres pour structurer la démarche communautaire avant de se lancer dans l’animation tout azimuts et sans réflexion profonde (Stratégie, objectifs, indicateurs de pilotage)
- MVP (Minimum Viable Product) : lancer petit pour tester l’adhésion. Aujourd’hui, si le terme MVC – pour Minimum Viable Community – est de plus en plus courant dans le petit monde du community building, il n’y avait pas à l’époque beaucoup de documentation sur le sujet. C’était réellement novateur, nous étions à l’avant-garde !
Cas pratique d’animation de communauté :
En novembre 2024, nous avons lancé la communauté des managers des Régions d’Outre-Mer.
- Le défi d’animation : Créer du lien entre des membres sur des fuseaux horaires différents.
- La solution : Des rituels d’animation synchrones et asynchrones.
- Le résultat : Une dynamique interactive installée en moins d’un an grâce à une stratégie de community building rigoureuse.
En moins d’un an, 6 rencontres se sont tenues. Ces événements en présentiel ont faciliter les mises en relation, les échanges. La satisfaction des membres ayant participé à ces événements était très élevé. Ce fut une réelle source de motivation supplémentaire pour toute l’équipe car cette démarche était vraiment nouvelle et innovante à cette époque !
Professionnaliser l’animation de communauté : le bootcamp
Le community building ne s’improvise pas. Pour monter en compétence, nous avons créé un Bootcamp (formation-action) spécial communauté. Ce programme aide les “groupes noyaux” à :
- Définir la raison d’être de leur communauté.
- Concevoir leur stratégie d’animation de communauté.
- Fédérer des acteurs pluriels
Ainsi, la mise en place de cet outil pour professionnaliser l’animation de communautés au sein de France Travail a notamment permis l’installation d’un collectif des acteurs associatifs de l’emploi intervenant sur les territoires prioritaires. Cette action illustre parfaitement la plus value de fédérer des acteurs pluriels au sein d’une communauté pour qu’ils puissent unir leur force et harmoniser leur complémentarité au bénéfice des publics les plus fragiles.
Définition : la différence entre réseau et community building
Pour réussir son animation de communauté, il est crucial de bien définir l’objet. “Faire communauté”, ce n’est pas juste gérer un réseau de collaborateurs ou de partenaires. Cela va beaucoup plus loin !
Pour moi, faire communauté, c’est créer les conditions d’un lien vivant et durable entre des personnes réunies par une intention commune. Cela dépasse la simple collaboration : c’est un mouvement collectif où chacun trouve sa place, contribue selon ses forces, apprend des autres et se sent co-responsable d’un bien commun.
C’est à la fois un processus — fait de confiance, de réciprocité, d’écoute et de reconnaissance mutuelle — et un espace — où les pratiques se partagent, les savoirs se construisent, et les identités professionnelles se renforcent.
En définitive, une communauté naît de la conjonction de trois intentions :
- Se regrouper et échanger. Si l’on s’en tient à cette seule intention, on ne crée pas une communauté, mais plutôt un réseau.
- Animer un groupe d’individus en partageant de l’information et en recueillant leurs avis.
Là encore, il ne s’agit pas d’une communauté, mais d’une animation fonctionnelle. - Réunir des personnes pour travailler ensemble en intelligence collective ou pour échanger sur leurs pratiques autour d’un métier ou d’une fonction. Ce type de démarche sans les 2 points précédent s’apparente davantage à un groupe de travail ou à un groupe d’échanges de pratiques, sans pour autant constituer une communauté.
Dans un monde du travail en mutation, marqué par la complexité, la transversalité et la quête de sens, faire communauté devient une condition de résilience et d’innovation collective.
Les organisations ne peuvent plus se contenter de structures hiérarchiques ou de logiques de silo : elles ont besoin de cultiver des écosystèmes d’apprentissage et de coopération. Elles ont besoin de remettre le pouvoir sur les zones de création de valeur.
Faire communauté permet :
- de décloisonner les métiers,
- de valoriser l’intelligence collective et les savoirs d’expérience,
- de soutenir l’engagement et le sentiment d’appartenance,
- et de favoriser la transformation culturelle nécessaire à l’adaptation continue.
C’est aussi un enjeu humain : dans un environnement professionnel souvent fragmenté, la communauté redonne une dimension relationnelle et de sens au travail. Elle offre un espace où l’on peut “être avec” autant que “faire ensemble”.
Quel projet communautaire vous a le plus marqué récemment et pourquoi ?
Sans aucun doute celui que nous sommes en train de mettre en place avec les acteurs associatifs de l’emploi qui interviennent en territoire prioritaires.
Cette communauté récente répond à un réel besoin et cette approche est vraiment innovante au regard du sujet traité et du contexte. Il s’agit d’unir leurs forces et leurs spécificités pour offrir un accompagnement global, continu et humain vers l’emploi durable.
Le constat est d’aller vers un fonctionnement moins en étoile et plus en réseau tout en favorisant la coopération, la coordination des actions et la montée en compétence de chacun.
Quelles ressources (podcast, livres, blog, …) recommanderiez vous aux personnes qui aimeraient en savoir plus sur les communautés ?
Outre Wudo qui peut vous accompagner dans votre démarche d’animation (formation au community building, stratégie communautaire, plateforme d’animation communautaire), voici quelques références d’ouvrages pour progresser en stratégie et en animation communautaire :
- Pour la stratégie de Community Building :
- Le pouvoir des communautés de Noémie Kempf.
- Faire tribu de Hugo Paul.
- Pour les techniques d’animation de communauté :
- Le guide de l’animateur de Jean-Michel Cornu (Méthode pour animer 1h par semaine).
- Pour l’approche systémique :
- Accompagner avec l’approche systémique coopérative de François Balta, Emmanuel Fourest et Chantal Victor.
- Les employés d’abord, les clients ensuite de Vineet Nayar qui présente un management innoovant en replaçant l’humain au centre.
Conclusion : le “Faire Communauté” ou le renouveau de la performance collective
À travers les différentes expériences menées — qu’il s’agisse de la communauté InterDROM, du collectif associatif QPV/Ruralité ou des bootcamps dédiés à la création de communautés — une conviction s’impose : faire communauté n’est pas une méthode, c’est un changement de paradigme.
C’est une manière d’agir et de penser ensemble, qui replace l’humain et le collectif au cœur de la performance.
Dans un environnement professionnel en profonde mutation, les communautés offrent une réponse durable aux défis de coordination, d’innovation et d’engagement. Elles permettent d’ancrer la coopération dans le quotidien, là où la valeur se crée réellement : sur le terrain, entre pairs, au plus près des besoins.
Ce modèle de coopération fait émerger une intelligence collective vivante, capable d’apprendre, de s’ajuster et d’innover en continu.
Mais pour qu’il tienne dans la durée, il doit être structuré, incarné et animé : une communauté ne vit pas seule.
Elle a besoin d’un cadre, d’une intention partagée et d’un rôle clé — celui du community builder — pour entretenir le lien, valoriser les contributions et nourrir la confiance. En définitive, faire communauté, c’est transformer l’organisation en un écosystème apprenant et coopératif, où chacun devient acteur du collectif.


